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Marketplace, dropshipping, retail media : les nouveaux leviers de croissance des distributeurs à l’ère digitale

Marketplace, dropshipping, retail media : les nouveaux leviers de croissance des distributeurs à l’ère digitale

Marketplace, dropshipping, retail media : les nouveaux leviers de croissance des distributeurs à l’ère digitale

Marketplace, dropshipping, retail media : ces expressions ont quitté le jargon des start-up pour s’installer durablement dans les comités de direction des enseignes. Et pour cause : à l’heure où la croissance des ventes en magasin ralentit et où la pression sur les marges s’intensifie, ces nouveaux modèles digitaux s’imposent comme des relais de croissance essentiels pour la distribution.

Mais derrière les effets de mode, de quoi parle-t-on vraiment ? Comment ces leviers transforment-ils le business model des distributeurs ? Et surtout : comment les déployer sans dégrader l’expérience client, ni exploser la complexité opérationnelle ?

Cet article propose un décryptage opérationnel de ces trois leviers – marketplace, dropshipping, retail media – avec leurs promesses, leurs limites et les bonnes pratiques observées chez les acteurs les plus avancés.

Pourquoi les distributeurs cherchent de nouveaux relais de croissance

Avant de zoomer sur chaque levier, il faut rappeler le contexte. La plupart des enseignes font face à un cocktail bien connu :

Dans ce contexte, les directions générales cherchent des modèles qui permettent :

C’est précisément ce que promettent les plateformes marketplace, le dropshipping organisé et les dispositifs de retail media.

Marketplace : devenir plateforme plutôt que simple distributeur

La marketplace, c’est l’idée la plus structurante : passer d’un modèle de distributeur (qui achète, stocke, revend) à un modèle de plateforme qui met en relation clients et vendeurs tiers, en prenant une commission sur les ventes.

Concrètement, une enseigne ouvre son site e-commerce à des vendeurs partenaires, qui enrichissent l’offre sans que l’enseigne ait à supporter le stock. Ce modèle est déjà bien installé :

Pourquoi ce modèle séduit-il autant les distributeurs ?

1. Élargir l’offre sans alourdir le bilan

Le premier bénéfice est mathématique : plus de références, plus de profondeur de gamme, plus de niches, sans immobilisation de stock. Sur certaines enseignes, la marketplace représente déjà plusieurs centaines de milliers de références additionnelles, avec des logiques de “long tail” très rentables.

Résultat : l’enseigne devient le réflexe de recherche pour le client, y compris sur des univers où elle n’était historiquement pas légitime. C’est un enjeu majeur dans la bataille de la “top of mind awareness”.

2. Améliorer la rentabilité par un modèle à commission

La marketplace transforme une partie du business en modèle d’intermédiation : l’enseigne prend une commission (souvent entre 10 % et 20 % selon les catégories), sans supporter le risque stock ni certains coûts logistiques.

Ces revenus, relativement peu capitalistiques, sont particulièrement intéressants dans un environnement de marges sous tension. C’est d’ailleurs ce qui fait le succès d’Amazon, où la part de revenus issus des “third party sellers” ne cesse d’augmenter.

3. Tester de nouvelles catégories ou marques à moindre risque

La marketplace est aussi un laboratoire : avant de référencer en propre une nouvelle catégorie, l’enseigne peut l’ouvrir à des vendeurs tiers, mesurer la demande, affiner l’offre, et ne reprendre en stock que ce qui fonctionne vraiment.

Décathlon, par exemple, utilise ce levier pour compléter ses gammes sur des sports de niche, sans diluer son modèle industriel centré sur ses propres marques.

Les points de vigilance côté opérationnel

Le modèle marketplace n’est pas magique. Il implique une série de chantiers très concrets :

Les enseignes les plus avancées ne pensent plus la marketplace comme un “business à côté”, mais comme une extension naturelle de leur assortiment, avec des règles claires de gouvernance et de pilotage.

Dropshipping : l’extension d’offre sans stockage, mais sous contrôle

Souvent confondu avec la marketplace, le dropshipping est en réalité une logique logistique : le client commande chez l’enseigne, mais le produit est expédié directement par le fournisseur.

La grande différence par rapport à la marketplace : la vente est réalisée par le distributeur en direct (facturation au nom de l’enseigne), qui reste le vendeur légal, mais confie l’expédition au fournisseur. Le client, lui, ne voit pas la différence… sauf si l’expérience n’est pas au rendez-vous.

Un levier intéressant pour certaines catégories

Le dropshipping est particulièrement adapté :

Des acteurs comme Conforama, But, Leroy Merlin ou ManoMano ont largement recours à ces modèles pour proposer des milliers de références supplémentaires sans exploser leurs capacités logistiques.

Les bénéfices côté distributeur

Les risques à ne pas sous-estimer

En revanche, le dropshipping peut vite tourner au casse-tête si la coordination n’est pas verrouillée :

Les enseignes qui réussissent dans le dropshipping ont un point commun : elles gèrent leurs fournisseurs comme de véritables “opérateurs logistiques” partenaires, avec un pilotage précis des performances et une intégration poussée des systèmes d’information (stocks, statuts de commandes, tracking).

Retail media : monétiser l’audience et la data

Le troisième levier, moins visible pour le consommateur mais redoutablement efficace pour le compte de résultat, c’est le retail media. L’idée : permettre aux marques de payer pour mieux s’exposer sur les supports du distributeur (site e-commerce, application, emailings, mais aussi magasin), en s’appuyant sur la data clients de l’enseigne.

Concrètement, cela se traduit par :

Pourquoi les distributeurs s’y mettent-ils à grande vitesse ?

Pour une raison simple : le retail media est l’un des rares postes de revenus additionnels qui ne soit pas directement lié à la vente d’un produit physique. Les marges sont élevées, et la demande des marques est très forte, notamment depuis que les cookies tiers disparaissent et que la donnée “first party” des distributeurs prend de la valeur.

Les grands distributeurs alimentaires (Carrefour, Casino, Auchan, Intermarché, Leclerc), mais aussi Fnac Darty, Cdiscount, Leroy Merlin, ont créé leurs propres régies media, souvent en partenariat avec des spécialistes (Criteo, CitrusAd, etc.).

Les atouts du retail media pour les marques

Un levier rentable mais à manier avec finesse

Pour le distributeur, le défi est d’arbitrer entre maximisation des revenus publicitaires et préservation de l’expérience client. Trop de contenus sponsorisés, un moteur de recherche saturé de liens commerciaux, et la promesse commerciale s’effrite.

Les bonnes pratiques observées :

Des leviers complémentaires plutôt que concurrents

Marketplace, dropshipping, retail media : ces trois modèles ne s’opposent pas, ils se renforcent. Dans les faits, les enseignes les plus avancées combinent ces leviers.

Un exemple type :

Le site e-commerce ne devient plus seulement un “magasin digital”, mais une véritable plateforme :

La vraie rupture, pour les distributeurs, n’est donc pas seulement technologique : elle est organisationnelle.

Les impacts organisationnels : métiers, gouvernance, culture

Passer à ces modèles implique des transformations profondes :

1. De nouveaux métiers à intégrer

2. De nouvelles interfaces entre directions

La direction commerciale, le digital, la supply chain, l’IT, le juridique, la finance… tous sont concernés. Sans gouvernance claire, le risque est de créer des silos additionnels et des arbitrages permanents :

Les enseignes en avance nomment souvent un sponsor au niveau COMEX pour porter ces sujets, avec un pilotage P&L dédié et des objectifs clairs par levier.

3. Une culture à faire évoluer

Ce changement de modèle demande d’accepter une part de “perte de contrôle” :

Les enseignes qui réussissent sont celles qui acceptent cette évolution tout en gardant une boussole claire : la promesse client, la cohérence de l’enseigne, et la maîtrise des fondamentaux opérationnels.

Comment se lancer (ou monter en puissance) de façon pragmatique

Pour les distributeurs qui n’en sont qu’aux débuts, ou qui peinent à scaler ces modèles, quelques axes concrets se dégagent.

1. Clarifier la vision business avant le choix technologique

La tentation est forte de démarrer par la plateforme (marketplace, adtech, etc.). Mais les projets qui avancent le mieux sont ceux qui ont, dès le départ, répondu à quelques questions simples :

2. Démarrer par des périmètres pilotes bien cadrés

Plutôt que de tout ouvrir d’un coup, de nombreuses enseignes ont commencé par :

Ce “sandbox” permet d’apprendre vite, de corriger les irritants (process, contrats, flux logistiques) avant le passage à l’échelle.

3. Investir dans la data et le pilotage

Ces trois leviers ont un point commun : ils génèrent énormément de données. Encore faut-il les exploiter :

Les distributeurs qui industrialisent ces modèles mettent en place des revues régulières, avec des plans d’action concrets (désactivation de vendeurs peu performants, ajustements des règles d’affichage media, renégociation de SLA logistiques, etc.).

4. Travailler avec les magasins plutôt que contre eux

Dès qu’on parle de marketplace, de dropshipping ou de retail media, une question revient : “Et les magasins dans tout ça ?”

Les enseignes qui embarquent bien leurs réseaux terrain :

L’enjeu est d’éviter de créer un “e-commerce bis” qui vivrait à côté du réseau, sans synergie ni alignement.

Vers un nouveau modèle économique de la distribution

Marketplace, dropshipping, retail media ne sont pas des gadgets digitaux : ils redessinent en profondeur le modèle économique des distributeurs.

On passe progressivement :

Les enseignes qui tireront leur épingle du jeu ne seront pas forcément celles qui auront la plus grosse marketplace ou la plus grande régie media, mais celles qui sauront orchestrer ces leviers au service d’un triptyque simple :

La bonne nouvelle : ces sujets, longtemps réservés aux géants mondiaux, sont désormais accessibles à des distributeurs de taille intermédiaire. La vraie question n’est plus “Faut-il y aller ?”, mais “Comment y aller de façon maîtrisée, rentable et alignée avec l’ADN de l’enseigne ?”.

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