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L’impact du réglementaire sur les relations fournisseurs-distributeurs et la construction des assortiments

L’impact du réglementaire sur les relations fournisseurs-distributeurs et la construction des assortiments

L’impact du réglementaire sur les relations fournisseurs-distributeurs et la construction des assortiments

Les relations fournisseurs-distributeurs n’ont jamais été simples. Mais depuis cinq ans, le cadre réglementaire s’est invité au cœur du jeu, au point de redessiner la manière dont se négocient les conditions commerciales… et dont se construisent les assortiments en rayon. Entre lois Egalim, interdictions promotionnelles, inflation et durcissement des contrôles, la marge de manœuvre se réduit. Résultat : les directions achats, category managers et responsables d’enseignes doivent revoir leurs méthodes de travail, parfois en profondeur.

Un paysage réglementaire qui change les règles du jeu

La première évolution majeure tient au rythme et à la nature des textes. Là où la réglementation se limitait historiquement à encadrer quelques grands principes (SRP, délais de paiement, transparence), on est entré dans une logique d’ajustements successifs, avec des impacts très opérationnels :

En pratique, cela ne se traduit pas seulement par “plus de contraintes”. Le changement clé, c’est que la loi impacte désormais directement trois sujets business : la formation des prix, la mécanique promotionnelle et la structure de l’offre en rayon.

Des négociations commerciales sous haute contrainte

Le premier effet visible se joue dans la relation contractuelle fournisseur-distributeur. La réglementation a rigidifié plusieurs leviers historiquement utilisés pour équilibrer une négociation.

Chez un grand distributeur généraliste hexagonal, un directeur commercial résume : “Avant, on compensait un tarif un peu plus élevé par un plan promo plus musclé ou un investissement en merchandising. Aujourd’hui, les plafonds promotionnels et la séparation des négos tarifaires et des services nous obligent à revoir la grille de lecture.”

Trois impacts sont particulièrement marquants :

Côté distributeurs, cela entraîne un double mouvement : une recentralisation des décisions stratégiques (pricing, mix promo) et, paradoxalement, une plus forte responsabilisation des équipes categories sur la construction d’un mix valeur adapté aux nouvelles contraintes.

Quand la loi s’invite au cœur de la construction d’assortiment

L’impact le moins commenté, mais sans doute le plus structurant, concerne l’assortiment lui-même. En imposant des bornes sur les prix, les promotions et, de plus en plus, sur les caractéristiques produits (emballage, composition, origine), le réglementaire devient un paramètre de base dans le travail des category managers.

Concrètement, cela se traduit par plusieurs bascules :

Dans plusieurs enseignes alimentaires, on observe ainsi un phénomène récurrent : les références les plus complexes à suivre (petites marques peu structurées sur la conformité, import complexe, emballages non alignés sur les futures obligations) sont de plus en plus challengées lors des revues d’assortiment. Non pas pour des raisons marketing, mais pour des raisons de coût réglementaire caché.

Promotions, visibilité, merchandising : un terrain miné… mais pas impraticable

La promotion est l’un des champs où le changement est le plus visible pour le consommateur, surtout dans l’alimentaire. Plafonds de remise, encadrement des lots, volume promotionnable par catégorie… autant de garde-fous qui complexifient le quotidien des trade marketeurs.

Pourtant, certains distributeurs et industriels transforment cette contrainte en levier de différenciation :

Sur le terrain, un directeur de magasin confie : “On fait moins de volume promo sur certains produits iconiques, mais on gagne en cohérence globale. Et les clients commencent à mieux comprendre la logique derrière la fin des opérations jugées ‘trop agressives’.”

Une nouvelle grammaire de la coopération fournisseurs-distributeurs

Ce durcissement réglementaire ne produit pas que des tensions. Il accélère aussi des façons de travailler plus structurées et plus partenariales, au moins avec les fournisseurs stratégiques.

On voit notamment émerger trois bonnes pratiques :

Côté fournisseurs, cela suppose une montée en compétence sur la compréhension fine des contraintes distributeurs : occupation linéaire sous pression, saturation des flux logistiques, coûts de replanogrammage, exposition médiatique en cas de non-conformité. Les industriels qui intègrent ces paramètres dans leurs propositions d’assortiment gagnent des points.

Quels réflexes développer côté enseignes et industriels ?

Face à ce contexte, les acteurs les plus avancés se distinguent moins par leur capacité à “subir moins la loi” que par leur capacité à la transformer en avantage compétitif. Plusieurs leviers concrets ressortent des retours terrain.

Pour les distributeurs :

Pour les industriels :

Vers une nouvelle génération d’assortiments “réglementairement agiles”

Au fond, la question n’est plus de savoir si la réglementation va continuer à s’intensifier, mais comment les assortiments peuvent devenir plus “agiles” pour absorber ces chocs successifs sans perdre en lisibilité pour le client et en rentabilité pour les acteurs.

Trois tendances se dessinent déjà :

Pour les directions générales comme pour les opérationnels, le sujet n’est donc plus uniquement juridique. C’est un sujet de stratégie commerciale, de construction de valeur et de différenciation. Les enseignes qui sauront faire de la conformité un levier de lisibilité en rayon, de confiance consommateur et de relation partenariale avec leurs fournisseurs prendront une longueur d’avance.

En résumé, le réglementaire est désormais un paramètre à intégrer au même niveau que le prix, la marge ou la performance logistique dans la construction des assortiments. Les acteurs qui l’acceptent comme tel, l’intègrent dans leurs outils et leurs routines de travail, et développent une culture commune avec leurs partenaires, transformeront une contrainte durable en avantage concurrentiel très concret.

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