Site icon

Comment optimiser le dernier kilomètre sans dégrader la rentabilité ni la satisfaction client

Comment optimiser le dernier kilomètre sans dégrader la rentabilité ni la satisfaction client

Comment optimiser le dernier kilomètre sans dégrader la rentabilité ni la satisfaction client

Livrer vite, bien, au bon prix. Sur le papier, tout le monde est d’accord. Dans la réalité, le dernier kilomètre reste le maillon le plus coûteux et le plus complexe de la chaîne. Selon les études du secteur, il peut représenter jusqu’à 50 % du coût logistique total d’une commande e-commerce. Et ce, alors même que les clients attendent des délais courts, des créneaux précis, une parfaite visibilité et un service irréprochable.

La vraie question n’est donc plus « comment livrer plus vite ? », mais « comment livrer mieux sans exploser les coûts et sans dégrader l’expérience client ? ». Autrement dit : comment arbitrer intelligemment entre rentabilité et promesse de service.

Reposer les bases : quel niveau de service est vraiment attendu ?

Avant de déployer des solutions technologiques ou de revoir votre schéma logistique, un préalable s’impose : clarifier votre promesse de livraison. Beaucoup d’enseignes multiplient les options (J+1, J+2, express 2 h, livraison le soir, week-end, point relais, consigne…) sans toujours mesurer leur impact économique et opérationnel.

Les premiers leviers d’optimisation passent pourtant par des choix de gamme de services :

Un distributeur spécialisé dans l’équipement de la maison a par exemple décidé de repositionner sa livraison express J+1 comme un service premium facturé au client, tout en mettant davantage en avant sa livraison standard J+3 gratuite. Résultat : baisse de 20 % du recours à la livraison urgente, sans impact négatif sur la satisfaction globale, car la promesse affichée était claire et assumée.

Travailler la « promesse raisonnable » plutôt que la surenchère

Les clients n’attendent pas forcément le plus rapide, mais le plus fiable. Une promesse tenue à 98 % a plus de valeur qu’un délai théorique très ambitieux tenu à 70 %.

Deux axes de travail se dégagent :

Un acteur du drive alimentaire a ainsi abandonné l’affichage systématique de créneaux très serrés pour certaines zones periurbaines, au profit de fenêtres plus larges mais quasi systématiquement tenues. Les scores NPS ont augmenté, la pression opérationnelle a diminué et la productivité des tournées a progressé de 12 %.

Rendre le client acteur : l’importance des options de livraison

Autre levier fort, souvent sous-exploité : impliquer le client dans l’optimisation du dernier kilomètre. Plus vous lui donnez des choix clairs, plus vous pouvez piloter vos coûts.

Quelques bonnes pratiques :

Un pure player mode a par exemple mis en avant, dès la page panier, une option « livraison éco » à J+3, moins chère et signalée comme « réduisant les émissions de CO₂ ». En quelques semaines, 30 % des clients ont basculé vers cette option, permettant de densifier les tournées et de réduire les coûts de 8 % sur le périmètre testé.

Mieux densifier les tournées : le nerf de la guerre

Au-delà de la promesse commerciale, la rentabilité du dernier kilomètre repose sur un principe simple : faire plus de livraisons avec moins de kilomètres parcourus. C’est le sujet central de la planification des tournées.

Les distributeurs les plus avancés travaillent sur trois niveaux :

Dans la pratique, le passage d’une planification manuelle ou semi-manuelle à un outil d’optimisation avancé permet fréquemment des gains de 10 à 20 % sur le nombre de kilomètres parcourus pour un même volume de commandes. À condition de bien accompagner le changement auprès des exploitants terrain et des chauffeurs, souvent très attachés à leurs « tournées historiques ».

S’appuyer sur un schéma logistique adapté au dernier kilomètre

On ne livre pas une agglomération dense comme une zone rurale ni un pays entier comme une seule grande ville. Le schéma directeur logistique doit intégrer le dernier kilomètre dès sa conception.

Plusieurs modèles coexistent :

Un acteur de la distribution spécialisée a expérimenté l’ouverture d’un petit hub logistique en périphérie d’une métropole de 1,5 million d’habitants, dédié à la préparation des commandes e-commerce pour la zone urbaine. Résultat : une baisse de 15 % du coût moyen de livraison, grâce à des tournées plus courtes, et une amélioration significative de la ponctualité.

Articuler intelligemment transporteurs, flotte interne et nouveaux acteurs

Le dernier kilomètre ne se gère plus en silo. Entre transporteurs historiques, opérateurs locaux, plateformes de livraison à la demande et flottes internes, les options se multiplient. La clé : orchestrer ces ressources plutôt que d’opposer les modèles.

Quelques pistes :

Un distributeur de meubles a, par exemple, recentré sa flotte interne sur les livraisons avec montage et installation, beaucoup plus contributives, tout en confiant les livraisons « pied d’immeuble » standard à un panel de transporteurs régionaux. À la clé : une amélioration du taux d’occupation des camions internes et une marge par livraison en hausse sur le segment premium.

Ne pas sous-estimer l’impact du premier contact client : l’information

Une partie importante de l’insatisfaction client sur le dernier kilomètre ne vient pas du retard en lui-même, mais du manque d’information. D’où l’importance de travailler la transparence de bout en bout.

Les briques indispensables :

Les transporteurs qui ont mis en place des systèmes de suivi précis observent généralement une baisse du taux d’appels entrants au service client de 20 à 30 %, ainsi qu’une meilleure perception globale du service, même en cas d’aléas.

Réduire les échecs de livraison : un levier immédiat de rentabilité

Un passage à vide, c’est un coût sans chiffre d’affaires et souvent un client mécontent. Chaque livraison échouée (client absent, erreur d’adresse, impossibilité d’accès) génère des coûts additionnels : reprogrammation, stockage, re-livraison, voire retour.

Quelques leviers concrets pour limiter ces situations :

Un retailer électroménager a travaillé en profondeur sur ce sujet, en ajoutant un questionnaire simple mais obligatoire au moment de la prise de rendez-vous (ascenseur, largeur des portes, stationnement possible, numéro de téléphone secondaire). Les échecs de livraison pour cause d’accès ou d’absence ont été réduits de près de 40 % sur les premiers mois.

Industrialiser la gestion des retours sans dégrader l’expérience

Le dernier kilomètre ne s’arrête pas à la porte du client : les retours sont désormais un élément à part entière de l’expérience. Mal gérés, ils pèsent lourdement sur les coûts. Bien pensés, ils deviennent un avantage concurrentiel.

Points d’attention :

Dans la mode, certaines enseignes ont conditionné la gratuité du retour à l’utilisation d’un circuit spécifique (retour en magasin ou point relais). Le coût global de traitement a été réduit, tout en générant du trafic additionnel en boutique et donc des ventes incrémentales.

Exploiter les données pour piloter finement performance et satisfaction

Optimiser le dernier kilomètre sans impacter la satisfaction impose de sortir du pilotage « à l’ancienne » basé uniquement sur le coût au colis. Il faut croiser plusieurs indicateurs pour avoir une vision business complète.

Les KPI clés à suivre :

L’enjeu est de passer progressivement d’une vision « coût centre » à une vision « profit centre » du dernier kilomètre : combien me rapporte, sur le cycle de vie client, une promesse de livraison plus qualitative ? Où se situe le point d’équilibre entre service et rentabilité pour chaque segment de clientèle ?

Former et embarquer les équipes terrain, chaînon souvent oublié

Dernier point, mais pas le moindre : le meilleur algorithme ne compensera jamais un manque d’adhésion des équipes terrain. La qualité du dernier kilomètre se joue au niveau du chauffeur livreur, du préparateur de commande, du responsable d’exploitation.

Trois leviers RH essentiels :

Les enseignes qui associent les chauffeurs aux retours d’expérience (debriefs réguliers, partage de cas concrets, remontées terrain prises en compte) constatent souvent des progrès rapides et durables, sans investissement massif.

Vers un dernier kilomètre plus intelligent que simplement plus rapide

Optimiser le dernier kilomètre, ce n’est pas seulement gagner quelques minutes par tournée ou réduire le coût unitaire de quelques centimes. C’est repenser la promesse de service, la conception du réseau, le choix des partenaires, l’architecture des données et l’organisation opérationnelle, avec un objectif clair : livrer ce qu’il faut, où il faut, comme il faut, au juste coût.

Les distributeurs qui tirent leur épingle du jeu aujourd’hui sont ceux qui :

Dans un contexte où la pression sur les coûts logistiques ne faiblira pas et où les attentes clients restent élevées, la compétitivité passera par un dernier kilomètre plus intelligent, mieux orchestré, et parfaitement aligné avec la stratégie globale de l’enseigne. Le sujet n’est plus réservé aux directions logistiques : il est désormais au cœur des décisions des comités de direction, au croisement du marketing, de l’IT, des opérations et de la finance.

Quitter la version mobile