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Comment les retailers repensent la surface de vente pour créer des expériences immersives et différenciantes

Comment les retailers repensent la surface de vente pour créer des expériences immersives et différenciantes

Comment les retailers repensent la surface de vente pour créer des expériences immersives et différenciantes

Longtemps, la performance d’un magasin s’est jugée à la taille de sa surface de vente et à la densité de produits au mètre carré. Ce modèle montre aujourd’hui ses limites. Entre explosion du e-commerce, inflation des coûts d’exploitation et mutation des usages, la question n’est plus « combien de mètres carrés ? », mais « que fait-on de chaque mètre carré pour créer une expérience qui donne une vraie raison de venir en magasin ? ».

De l’alimentaire à la mode en passant par le bricolage ou la beauté, les enseignes repensent profondément leurs surfaces pour les transformer en lieux d’expérience, de découverte et de services. Avec, à la clé, des impacts très concrets sur le chiffre d’affaires, la fidélité et même la logistique.

Pourquoi l’ère du “tout linéaire” touche à sa fin

La remise en question de la surface de vente n’est pas (seulement) une histoire de marketing ou de design. C’est d’abord une affaire de business model.

Plusieurs tendances structurelles poussent les retailers à revoir leur copie :

Face à cela, les enseignes qui s’en sortent le mieux sont souvent celles qui ont eu le courage de retirer de la marchandise pour libérer de l’espace… et le réinvestir dans des expériences à forte valeur ajoutée.

De la surface de vente à la surface d’expérience

Repenser une surface de vente, ce n’est pas seulement déplacer quelques gondoles. C’est changer de logique : passer d’un espace centré sur le produit à un espace centré sur l’usage, le service et la relation.

Concrètement, cela se traduit par plusieurs mouvements de fond :

Ce basculement se fait rarement du jour au lendemain. Il passe par des pilotes, des tests, parfois des erreurs. Mais les retours sont souvent rapides dès lors que l’expérience est pensée comme un levier business, et pas comme un simple “gadget marketing”.

Retail alimentaire : entre théâtralisation et services à valeur ajoutée

Dans la grande distribution, la question de la surface est centrale : beaucoup d’hypers et supermarchés se retrouvent avec des mètres carrés historiquement consacrés au non-alimentaire, aujourd’hui moins rentables que prévu. Plusieurs enseignes utilisent cette “contrainte” comme une opportunité.

Carrefour, E.Leclerc, Intermarché… multiplient les initiatives :

Un directeur d’hypermarché résume souvent le sujet ainsi : « Chaque mètre carré doit soit vendre, soit rendre service, soit donner envie de revenir. S’il ne fait ni l’un ni l’autre, il doit être repensé ».

Côté chiffres, les enseignes qui ont réduit les mètres carrés non-alimentaires pour les transformer en surfaces de services ou de restauration observent généralement :

Mode & beauté : quand le magasin devient studio, labo et média

Dans la mode et la beauté, le virage expérientiel est particulièrement visible. Le produit peut être acheté en ligne en quelques clics, mais essayer, toucher, tester reste un avantage compétitif du magasin… à condition de le rendre vraiment différenciant.

Quelques tendances fortes observées sur le terrain :

Là aussi, la clé est dans l’intégration avec l’omnicanal. Par exemple, un diagnostic peau réalisé en magasin peut être sauvegardé dans le compte client, alimenter des recommandations personnalisées en ligne et nourrir des campagnes CRM. L’espace physique devient alors un générateur de data de grande valeur.

Distribution spécialisée : du showroom à l’espace d’essai

Dans le bricolage, le sport, l’ameublement ou l’électroménager, les enseignes repensent massivement la façon de présenter des produits souvent techniques ou encombrants.

Quelques illustrations marquantes :

Dans ces formats, le magasin devient souvent un showroom expérientiel, avec moins de stock visible mais une capacité logistique renforcée (livraison à domicile, préparation depuis entrepôt ou autre point de vente). Le rôle de la surface de vente est alors de déclencher la décision, plus que de servir immédiatement le produit.

Phygital : quand les écrans s’intègrent réellement au parcours

Les écrans en magasin ne sont plus une nouveauté. Leur intérêt réel dépend pourtant beaucoup de la façon dont ils sont intégrés à la surface de vente.

Les approches les plus performantes évitent l’effet “mur d’écrans pour faire moderne” et se concentrent sur trois fonctions :

Des enseignes comme Nike, avec ses concepts “Nike Rise” ou “House of Innovation”, vont plus loin en liant intimement application mobile et surface de vente : réservation de produits à l’essayage, scan des produits pour obtenir des contenus supplémentaires, personnalisation de chaussures en direct dans des ateliers visibles.

L’enjeu pour les retailers est de bien dimensionner ces outils : chaque écran occupe un espace qui pourrait être dédié à un autre usage. La question à se poser : “Cet écran génère-t-il plus de valeur, de data ou de satisfaction client que le mètre carré équivalent de produit ou de service ?”.

Repenser la surface de vente : un projet d’entreprise, pas seulement magasin

Transformer une surface de vente en espace immersif suppose de mobiliser bien plus que les seules équipes magasin. Les impacts sont multiples :

Les enseignes qui réussissent cette transformation mettent en place des boucles de feedback courtes : remontées terrain structurées, tests A/B sur des zones pilotes, suivi fin des KPIs, ajustements réguliers du merchandising. L’expérience immersive devient un “produit” qu’on itère, et non un chantier figé pour cinq ans.

Comment évaluer le ROI d’une surface immersive ?

C’est souvent la première question des directions financières : comment justifier, chiffres à l’appui, une réduction de linéaire produit au profit d’espaces expérientiels ?

Quelques pistes concrètes mises en œuvre par les acteurs avancés :

Dans nombre de cas, le ROI ne se joue pas uniquement sur la surface transformée, mais sur l’ensemble du magasin et même du réseau : une expérience réussie peut améliorer l’image de l’enseigne, renforcer la désirabilité de la marque et servir de vitrine pour d’autres points de vente plus “standards”.

Quelques bonnes pratiques pour repenser sa surface de vente

Pour les enseignes qui se lancent ou accélèrent, quelques enseignements reviennent régulièrement.

Vers des magasins plus sélectifs, plus utiles, plus mémorables

La tendance qui se dessine est claire : l’époque où l’on remplissait chaque mètre carré de produits en espérant maximiser les ventes est en train de passer. Les retailers performants deviennent plus sélectifs : moins de largeur de gamme exposée, plus de mise en scène, plus de services, plus de sens.

Repenser la surface de vente pour créer des expériences immersives n’est pas un luxe réservé à quelques flagships prestigieux. C’est en train de devenir un levier stratégique pour :

La question n’est donc plus de savoir si les enseignes doivent repenser leurs surfaces de vente, mais comment elles le font, à quel rythme, avec quels indicateurs et quelle capacité d’adaptation. Les prochains mois feront la différence entre ceux qui auront transformé leurs magasins en véritables lieux de vie, et ceux qui resteront de simples entrepôts ouverts au public.

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