Automatisation des entrepôts : robots, préparation de commandes et nouveaux métiers de la logistique

Automatisation des entrepôts : robots, préparation de commandes et nouveaux métiers de la logistique

Automatisation des entrepôts : où en est vraiment la logistique ?

Robots mobiles, shuttles, goods-to-person, exosquelettes, IA de pilotage… En quelques années, l’entrepôt est devenu un terrain d’expérimentation technologique. Sous la pression du e-commerce, du manque de main-d’œuvre et des exigences de délais, l’automatisation n’est plus un sujet “à la marge” : elle devient un levier central de performance pour la distribution.

Mais derrière les vidéos spectaculaires de flottes de robots parfaitement synchronisés, la réalité est plus nuancée : ROI à sécuriser, transformation des métiers, restructuration des bâtiments, enjeux sociaux… Que change réellement l’automatisation pour les opérations de préparation de commandes, et pour les équipes logistiques ?

Dans cet article, on revient sur les grands types de solutions, sur les gains observés sur le terrain, et sur l’émergence de nouveaux métiers dans les entrepôts.

Pourquoi l’automatisation s’impose dans la distribution

Plusieurs forces de fond poussent les distributeurs à accélérer sur l’automatisation :

  • Explosion du e-commerce : plus de références, plus de commandes unitaires, plus de pics à absorber (opérations commerciales, Black Friday, événements sportifs, etc.).
  • Promesse client : J+1, parfois J0, avec un niveau d’erreur proche de zéro. L’entrepôt devient un maillon critique de l’expérience client.
  • Tension sur la main-d’œuvre : difficultés de recrutement, fort turnover, pénibilité physique toujours présente malgré les efforts de prévention.
  • Pression sur les coûts : hausse des loyers, de l’énergie, des transports ; la productivité en entrepôt est un levier direct de compétitivité.

Dans ce contexte, l’automatisation n’est pas seulement un sujet de modernisation. Elle répond à deux questions très opérationnelles : “Comment préparer plus de commandes, plus vite, avec moins d’erreurs ?” et “Comment rendre les postes en entrepôt plus attractifs et plus durables ?”.

Les distributeurs qui investissent ne le font plus uniquement pour “faire comme les autres”, mais avec des business cases très chiffrés, souvent à 5–7 ans, intégrant coûts de maintenance, évolutivité et flexibilité.

Panorama des principales technologies en entrepôt

Automatiser un entrepôt, ce n’est pas “mettre des robots partout”. Les technologies sont nombreuses et s’imbriquent, du plus simple au plus sophistiqué. Sur le terrain, on observe plusieurs familles majeures.

Les systèmes goods-to-person

Principe : ce n’est plus l’opérateur qui se déplace vers les produits, ce sont les produits qui viennent à lui. Les flux sont réorganisés pour limiter au maximum les déplacements humains, très chronophages.

  • Shuttles et systèmes de stockage automatisé : navettes qui circulent sur plusieurs niveaux pour aller chercher des bacs, puis les amener à des postes de préparation ergonomiques.
  • Robots mobiles autonomes (AMR/AGV) : ils transportent des étagères ou des bacs jusqu’aux préparateurs. Le principe popularisé par Amazon est désormais accessible via de nombreux acteurs.

Gains constatés dans la distribution : productivité multipliée par 2 à 3, réduction des erreurs de picking, meilleure utilisation de la hauteur des bâtiments et donc densification du stockage.

Les solutions d’aide à la préparation

Toutes les opérations ne justifient pas un investissement lourd. De nombreuses enseignes commencent par des solutions d’assistance :

  • Pick-to-light / Put-to-light : des voyants lumineux guident le préparateur sur les quantités à prendre ou à déposer. Ces systèmes restent très efficaces en drive, cosmétique, parapharmacie ou pièces détachées.
  • Voice picking : la préparation est guidée par la voix, via un casque. L’opérateur a les mains libres et réduit les erreurs de lecture d’étiquette.
  • Chariots intelligents : équipés d’écrans, de balances ou de terminaux embarqués, ils optimisent les tournées de picking.

Ces solutions, moins spectaculaires que les robots, affichent souvent des ROI plus rapides (2–4 ans) et un déploiement plus simple. Elles sont particulièrement adaptées aux entrepôts multi-formats ou multi-clients.

La robotisation du picking

Prochaine frontière : faire réaliser le “geste de picking” par un robot. C’est l’une des tâches les plus complexes à automatiser, car les références varient en forme, en poids, en texture.

  • Bras robotisés avec vision 3D : couplés à une IA capable de reconnaître les produits et de calculer la meilleure prise, ils commencent à être utilisés pour des tâches répétitives (mise en bacs, dévracage, tri).
  • Robots spécialisés : pour des produits standardisés (cartons, bacs, sachets), ils atteignent déjà des cadences très élevées, surtout en alimentaires et produits de grande consommation.

On en est encore à des déploiements ciblés, mais la progression est rapide. Beaucoup d’enseignes testent ces solutions sur un ou deux flux avant d’envisager une montée en charge.

L’automatisation de la manutention lourde

Pour les palettes et les charges lourdes, les principaux leviers restent :

  • Convoyeurs et trieurs automatisés : pour le tri colis, le cross-docking ou la préparation de tournées.
  • Transstockeurs pour palettes : ils exploitent la hauteur pour stocker de gros volumes avec une cadence élevée.
  • AGV et chariots automatisés : ils déplacent des palettes entre réception, stockage et expédition sans chauffeur.

Sur des plateformes régionales à gros volumes, ces équipements sont aujourd’hui quasiment incontournables pour sécuriser les flux amont et aval.

Préparation de commandes : ce qui change concrètement sur le terrain

La préparation de commandes concentre la majorité de la valeur ajoutée d’un entrepôt, mais aussi son plus gros poste de coûts en main-d’œuvre. Automatiser ici a des impacts très visibles.

Moins de marche, plus de valeur ajoutée

Dans un entrepôt traditionnel, un préparateur peut parcourir 10 à 15 kilomètres par jour. Avec un système goods-to-person, ce chiffre s’effondre. Les opérateurs restent à des postes fixes, conçus pour réduire les gestes inutiles.

Sur un site logistique textile que j’ai visité, le temps de marche a été divisé par quatre après l’installation de robots mobiles. Résultat : plus d’énergie consacrée à la qualité du picking, moins de fatigue en fin de poste, et une meilleure tenue des cadences sur la journée.

Des cadences plus stables, même en pic

Les systèmes automatisés ont un avantage majeur : ils absorbent mieux les pics. Là où un entrepôt manuel doit recruter des intérimaires, les former en quelques jours et accepter une hausse du taux d’erreur, un entrepôt automatisé peut étendre les horaires et ajouter des équipes sur des postes déjà standardisés.

Un distributeur alimentaire qui a mécanisé sa plateforme e-commerce a ainsi réduit de 40 % le recours à l’intérim en période de fêtes, tout en augmentant son volume traité de 30 %.

Qualité et traçabilité renforcées

Scanner systématique, contrôle de poids, photo du colis, suivi en temps réel de chaque bac ou unité logistique : les systèmes automatisés créent par nature une traçabilité fine.

Pour les enseignes, cela permet :

  • D’identifier précisément où et quand une erreur s’est produite.
  • De mieux piloter les indicateurs de qualité (taux d’erreur, litiges clients, retours).
  • D’alimenter des modèles de prévision pour adapter les ressources aux flux.

Cette granularité de la donnée devient un actif clé, au-delà de la seule performance opérationnelle.

Automatisation et emploi : moins de bras, plus de compétences

C’est souvent la première question posée : “Les robots vont-ils remplacer les préparateurs ?”. La réalité observée dans les entrepôts est plus équilibrée – et surtout plus complexe.

Un volume de postes qui se transforme, plus qu’il ne disparaît

Dans la distribution, la plupart des projets d’automatisation se font dans des environnements en croissance. Les volumes augmentent, les surfaces s’agrandissent ou se réorganisent, les flux omnicanaux se multiplient.

On observe généralement :

  • Une baisse des tâches les plus pénibles et répétitives (port de charges, marche, manutention de cartons).
  • Une montée en qualification des postes restants : pilotage de systèmes, réglages, analyse des incidents, coordination des flux.
  • Une évolution des profils recherchés : opérateurs à l’aise avec les interfaces digitales, techniciens de maintenance, data analysts logistiques.

Sur un entrepôt automatisé d’une grande enseigne non-alimentaire, le nombre total de collaborateurs est resté stable après robotisation, mais la répartition a changé : 20 % des effectifs travaillent désormais à la maintenance, au contrôle des flux et à l’amélioration continue, contre moins de 5 % auparavant.

L’émergence de nouveaux métiers logistiques

Plus l’entrepôt est automatisé, plus il a besoin de profils capables de “faire tourner la machine” au quotidien :

  • Technicien de maintenance automatisme/robotique : diagnostic des pannes, interventions de premier niveau, gestion des pièces détachées, relation avec les fournisseurs.
  • Superviseur de flux : suivi en temps réel des indicateurs, arbitrage des priorités, reconfiguration des paramètres du WMS/ WCS en fonction de la charge.
  • Référent data entrepôt : extraction et analyse de données pour optimiser les implantations, les parcours, les ressources.
  • Chef de projet amélioration continue : interface entre les équipes opérationnelles, IT et direction, pilotage des évolutions de process ou d’équipements.

Ces métiers existent déjà dans les plus grands entrepôts. Ils se diffusent progressivement dans des structures de taille moyenne, notamment dans les réseaux intégrés ou les grands groupements de commerce associé.

Un enjeu majeur de formation et d’accompagnement

Mettre des robots dans un entrepôt sans investir dans les compétences est le meilleur moyen de rater son ROI. Les projets réussis ont un point commun : ils intègrent dès le départ un plan de montée en compétences.

Concrètement, cela passe par :

  • La formation des managers de proximité à la lecture des indicateurs et à l’animation d’équipes dans un environnement très digitalisé.
  • Des parcours de reconversion interne vers la maintenance, le pilotage de systèmes ou la qualité.
  • Une communication transparente sur les objectifs du projet, les impacts sur les postes et les opportunités d’évolution.

Sur un site récemment mécanisé, l’enseigne a par exemple créé une “école interne de la robotique logistique” : 6 semaines de formation pour des préparateurs volontaires, alternant théorie et pratique, avec à la clé un nouveau poste et une revalorisation salariale. Résultat : moins de résistance au changement et une appropriation beaucoup plus rapide des outils.

Les clés d’un projet d’automatisation réussi

Entre la vidéo marketing d’un intégrateur et la réalité quotidienne d’un entrepôt, le fossé peut être large. Quelques facteurs différencient nettement les projets performants de ceux qui peinent à délivrer le ROI attendu.

Partir des flux, pas de la technologie

La vraie question n’est pas “quel robot ?” mais “quel problème opérationnel cherche-t-on à résoudre ?”. Avant toute décision d’investissement, les projets les plus solides passent par :

  • Un diagnostic précis des flux actuels (volumes, saisonnalité, tailles de commandes, références, taux de casse, etc.).
  • Une projection à 5–10 ans intégrant la stratégie omnicanale de l’enseigne (click & collect, ship-from-store, marketplace…).
  • Une cartographie des tâches à plus forte valeur ajoutée humaine, et de celles qui peuvent être automatisées sans perdre en flexibilité.

C’est ce travail amont qui permet de choisir entre un système très mécanisé mais peu flexible, ou une solution de robots mobiles plus modulable mais avec un ROI différent.

Anticiper la maintenance et l’évolutivité

Une fois installés, les systèmes automatisés ne sont pas figés. Les assortiments changent, les volumes évoluent, de nouveaux services apparaissent. Les projets les plus robustes intègrent :

  • Des contrats de maintenance clairement cadrés, avec des SLA adaptés aux enjeux business (pannes critiques, temps de rétablissement).
  • Une capacité à ajouter des robots ou des lignes supplémentaires sans arrêter l’exploitation.
  • Des interfaces ouvertes entre WMS, WCS, TMS et systèmes de robotique, pour éviter les “boîtes noires” difficiles à faire évoluer.

Sur un site omnicanal, le fait de pouvoir reparamétrer les priorités de préparation en temps réel, en fonction des commandes web et magasin, a un impact direct sur la promesse client.

Impliquer les équipes dès la conception

Un point souvent sous-estimé : ce sont les collaborateurs qui feront vivre le système au quotidien. Les retours d’expérience sont unanimes : plus ils sont intégrés tôt, plus le projet est fluide.

Dans la pratique, cela passe par :

  • Des ateliers de co-conception des postes de travail avec les futurs utilisateurs.
  • Des visites d’autres sites déjà automatisés pour se projeter et poser les “vraies” questions (incidents, ergonomie, charge mentale…).
  • Des périodes de double fonctionnement (ancien et nouveau système) pour sécuriser les débuts sans rupture de service.

Au-delà de l’acceptation, cette approche permet souvent d’éviter des erreurs de design qui auraient un coût élevé une fois les installations en place.

Et demain : vers des entrepôts réellement “intelligents” ?

L’automatisation actuelle repose déjà largement sur la donnée, mais on reste encore, dans la plupart des cas, sur des logiques de pilotage déterministes. L’étape suivante, que l’on commence à voir apparaître, c’est la généralisation de l’IA et de la simulation avancée.

L’IA pour orchestrer les flux en temps réel

Prévoir les volumes, adapter les ressources, optimiser les parcours de robots, prioriser certaines commandes : ces décisions sont encore souvent prises par des humains, avec l’appui de tableaux de bord.

Les premières solutions d’IA opérationnelle en entrepôt permettent de :

  • Prévoir plus finement les pics de charge par heure et par zone.
  • Répartir dynamiquement les tâches entre robots et opérateurs.
  • Simuler l’impact d’un changement de paramétrage avant de le déployer.

Ce n’est plus seulement une question de productivité, mais de résilience : capacité à absorber un aléa transport, une rupture fournisseur, ou une opération commerciale non anticipée.

La simulation et les jumeaux numériques

Autre tendance forte : le recours aux jumeaux numériques d’entrepôt. L’idée : reproduire virtuellement le site, ses équipements, ses flux et ses équipes, pour tester des scénarios avant d’investir (ou de reconfigurer).

Pour une direction logistique, ces outils permettent :

  • De comparer plusieurs solutions d’automatisation sur des données réelles.
  • De sécuriser le dimensionnement (nombre de robots, de postes, de convoyeurs).
  • D’anticiper les goulots d’étranglement et les points de fragilité.

Combinés à l’IA, ces jumeaux numériques deviennent potentiellement des outils d’aide à la décision pour les directions générales, bien au-delà du seul périmètre de la logistique.

Un enjeu stratégique pour les enseignes

L’automatisation des entrepôts n’est plus un sujet uniquement technique. C’est un choix stratégique, avec des implications fortes sur :

  • Le modèle économique (coût complet de préparation, capacité à proposer des services premium).
  • Le capital humain (attractivité des métiers, trajectoires de carrière, gestion des compétences).
  • La capacité à s’adapter à des crises ou à des changements brusques de la demande.

Les distributeurs qui réussiront à tirer parti de la robotisation seront ceux qui l’aborderont non pas comme un gadget, ni comme une simple réduction de coûts, mais comme un levier global de transformation de leur supply chain – au service du client, et avec les équipes.

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